
Le village d’Archail, petit hameau de montagne des Basses-Alpes, entretient depuis toujours une relation complexe et vitale avec l’eau. Pourvoyeuse de vie, elle est aussi source de danger : crues, inondations et sécheresses estivales ont rythmé l’existence des habitants, les Archaillons.
L’eau mal gérée a longtemps été vecteur de maladies. Au XIXème siècle, le crétinisme sévissait dans la région, lié à une carence en iode dans les eaux de source des zones alpines, loin de la mer. La cause ne fut identifiée qu’en 1922 et le mal éradiqué rapidement grâce à l’introduction du sel iodé et des anchois dans l’alimentation. Des règlements municipaux dès 1896-1903 témoignent d’une prise de conscience progressive de l’hygiène : séparation des usages de l’eau, interdiction des sols en terre battue, couverture des captages, éloignement des cabinets des sources.
Sur le plan agricole, les habitants ont de longue date canalisé les eaux du Tourounet et des ruisseaux locaux pour irriguer champs, jardins et chanvriers. Un moulin communal, attesté dès 1592, exploitait cette même source. Mais à l’aube du XXème siècle, la fontaine existante tarissait chaque été et ne répondait plus aux normes sanitaires.
C’est pourquoi, dès 1894, quinze cultivateurs fondèrent le Syndicat de la Source du Tourounet pour capter cette source abondante et construire une fontaine-lavoir publique. Après de nombreuses étapes administratives — expertises géologiques, enquêtes d’utilité publique, analyses chimiques et bactériologiques —, les travaux furent déclarés d’intérêt public en 1910. La fontaine fut construite avec l’aide d’entrepreneurs dignois et d’une bonne part de la main-d’œuvre villageoise.
Parallèlement, le Service de Restauration des Terrains en Montagne (RTM) mena à partir de 1887 d’importants travaux de reboisement et de correction de torrents pour lutter contre l’érosion des terres. Des barrages en pierres sèches, des plantations de pins et de mélèzes stabilisèrent progressivement les versants dénudés.
Dans les années 1930, le village dut faire face à de nombreux dégâts des eaux, dus à des canalisations défectueuses en haut du village, entraînant la construction d’un réseau d’égouts collecteurs.
L’ambition d’un barrage pour l’irrigation prit finalement forme au début des années 1980 : la retenue collinaire du Vieraron, mise en eau en 1984, offre aujourd’hui 32 000 m³ d’eau. Elle soutient l’élevage ovin local, maintient les prairies vertes en été, sert de réserve contre les incendies, et contribue à atténuer les effets du réchauffement climatique. Bénie lors d’une procession villageoise en 1988, elle est désormais un élément central de la faune et flore d’Archail. Depuis 2022, une convention pour sa surveillance et son entretien est mise en place avec l’éleveur utilisateur majoritaire de ce barrage.