Virevoltant dans les prés, les sous-bois ou près d’un ruisseau de la commune d’Archail, plus de 27 espèces de papillons ont été observées.

Agnès de Pinho, guide du Jardin des Papillons du Musée-Promenade de Digne, a guidé 14 personnes, adultes et enfants, en cette belle journée du 22 août 2026. M. O. Ferrary, maire de la commune, était présent.

A propos de chaque papillon croisé en chemin, Agnès raconte son nom, son mode de vie, les plantes, les milieux, les cachettes dont l’espèce a besoin pour se nourrir, pondre ses œufs, accueillir ses chenilles qui choisiront un endroit pour effectuer leur métamorphose dans une chrysalide, avant de devenir adulte, c’est-à-dire un papillon.

Chaque espèce défend un territoire, et nous avons pu observer un « combat » de mâles concurrents, qui font semblant de se taper les ailes pour faire tomber leurs écailles. Indispensables, les écailles sont imperméables, et comme les panneaux solaires, permettent d’accumuler de la chaleur et réchauffer le corps des papillons, même en hiver. Nous avons eu la chance d’observer une parade amoureuse, les papillons touchent leurs antennes et dansent l’un autour de l’autre.

Leurs couleurs varient d’une espèce à l’autre, et leur nom chantent leur histoire :

L’Azuré du Nerprun, le Tabac d’Espagne, le Citron de Provence, la Petite Violette, le Sylvain azuré, la Myrtil, l’Ecaille chinée, l’Arlequinette, le Fluoré, la Mégère et le Satyre, l’Azuré bleu-céleste, la Belle-Dame grande migratrice, la Zygène de la petite Coronille, le Machaon, le Silène, le Petit Mars changeant …et bien d’autres !

Chaque espèce a besoin d’un territoire défini, de plantes différentes (arbres, arbustes, graminées…)

En tant qu’adulte, et selon l’espèce, l’espérance de vie d’un papillon va de quelques heures à une année, sur notre territoire. Ils ont des cycles de vie différents, certains passent l’hiver sous forme d’œufs, d’autres de chenilles, de chrysalides, et d’autres encore sous forme adultes. Quel que soit le moment de l’année, il y a toujours une de ces formes, tout le temps, sur tous les végétaux. Il n’y a pas de moments favorables, il n’y a que des lieux favorables.

C’est pourquoi il n’y a ni tonte, ni fauchage favorable, il nous appartient de choisir des endroits où l’on ne va pas tondre ou débroussailler tout le temps. Pouvoir ainsi cohabiter, et ne pas perdre tout ce petit monde très utile pour la pollinisation, et nourriture indispensable pour de nombreux prédateurs qui en dépendent pour leur survie, et dont nous dépendons pour la nôtre.

Il existe un grand nombre de prédateurs, comme les oiseaux nocturnes et diurnes, les insectes insectivores (mantes, libellules), les reptiles, et pour toutes les formes que prennent les papillons (œufs, chenilles, chrysalides, papillons).

Les mésanges charbonnières apportent environ 2000 larves par jour à leurs petits, dont 80 % sont des chenilles. Cela représente environ 24000 chenilles pour une nichée de 15 jours, et elles font jusqu’à 3 nichées par saison.

Les chenilles de la Processionnaire du Pin, si dangereuses pour l’humain et certains animaux domestiques, sont au menu des Mésanges pendant l’hiver, du Renard, du Coucou… et le papillon adulte sera la proie des oiseaux nocturnes et des Chauves-souris par exemple.

Certaines espèces de Papillons sont en voie de disparition, aussi, il est préférable de les prendre en photos plutôt que de tenter de les attraper car pour certaines espèces, c’est interdit.

Des lieux diversifiés, comme Archail, vont favoriser une riche biodiversité. Plus le paysage est diversifié, plus il y a de plantes, de bois mort, de cachettes, d’habitats et de nourriture, plus l’équilibre de la biodiversité sera présent.

Le Fusain, petit arbuste, offre ses feuilles aux chenilles, qui elles-mêmes nourriront les petits des Mésanges. L’arbre semble mort sans ses feuilles mais elles repousseront et un nouveau cycle s’engagera.

Des espaces libres, des forêts, des buissons, des cours d’eau, des arbres fruitiers, des graminées…

Plus il y a de milieux différents, de plantes différentes, plus les papillons, les oiseaux, libellules et autres prédateurs seront nombreux, plus ils trouveront de quoi se loger, se nourrir et se reproduire.

C’est l’Humain qui, en intervenant partout, a créé un déséquilibre. Il nous appartient à présent de gérer les espaces naturels, pour permettre à la faune et la flore sauvage de perdurer, tout en respectant les espaces de vie des humains.

L’idée répandue de « faire propre » son jardin, ou son potager, peut -être avantageusement remplacé par l’idée de « faire vivant ».

Pour exemple : la Piéride du Chou, bien connue des jardiniers, n’a pas besoin du chou cultivé au potager, car sa chenille se nourrit de très nombreuses plantes de la famille des crucifères (brassicacées) comme la Roquette sauvage… Ce papillon ira plus volontiers sur des espèces sauvages, plutôt que sur une espèce cultivée. Si le jardin a été bien désherbé, la Piéride n’a d’autre possibilité que de pondre sur les choux cultivés par l’Humain pour perpétuer son espèce.

La Nature est notre alliée et bien souvent, c’est par méconnaissance que nous agissons.

La journée Papillons, très instructive, s’est achevée à la Clape, au jardin de Josiane et Didier : jardin offrant « des restaurants » à papillons, une pelouse verdoyante ayant conservé des îlots de fleurs et de graminées. (Merci pour l’accueil).

Agnès De Pinho & Lydie Gosselin